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La sorcière : de bouc-émissaire à égérie féministe spirituelle (Patrick Snyder)
« Toute femme est sorcière », expression consacrée des inquisiteurs dominicains Henry Institoris et Jacques Sprenger, auteurs du Malleus Malleficarum (1486), lesquels sont persuadés que la femme, être dédié pour le mal, est une alliée de Satan. Dans l’ensemble des grands traités de démonologie des XVème au XVIIème siècles rédigés par des juges ecclésiastiques et séculiers ou des médecins, y figurent une variété d’attributs accolés à la femme-sorcière. Tantôt vieille, parfois jeune, laide, parfois belle, on la considère certainement faible, crédule, bavarde, mélancolique, apostate, et surtout habitée par une passion charnelle insatiable; ultimement, une menace si forte pour la chrétienté et la société, légitimant de la chasser et de l’exterminer.
La même formule injonctive « Toute femme est sorcière » connaît un tournant sémantique marquant au XXème siècle. La sorcière persécutée devient une rebelle affranchie. La sorcière du temps de l’inquisition est alors réinterprétée comme une marginale résistante à l’ordre patriarcal. Cette relecture s’appuie notamment sur les écrits de Jules Michelet (La Sorcière, 1862) et Margaret Alice Murray (Le culte des sorcières en Europe occidentale, 1926 ; Le Dieu des sorcières, 1933), qui ont contribué à forger cette nouvelle représentation. À cette femme-sorcière sera associée une identité spirituelle forte et indépendante, inscrite à travers ses liens privilégiés, estimés authentiques, avec elle-même, la nature et les pratiques dites de « médecines alternatives ». Plus récemment, l’ouvrage de la journaliste Mona Chollet, Sorcières. La puissance invaincue des femmes (2018), a soulevé un débat important sur la question de la récupération féministe de l’identité de la sorcière. Sont-elles des figures opposées ou complémentaires — bouc émissaire d’hier, égérie féministe d’aujourd’hui ? Enfin, comment penser la complexité identitaire de ces figures, entre construction démonologique et réappropriation féministe ? En contexte universitaire, comment mettre en dialogue les figures de la sorcière moderne et de la néo-sorcière tout en respectant les contextes historiques qui les ont produites et sans céder aux simplifications anachroniques?
Cette conférence sera présentée par le professeur Patrick Snyder (département d’histoire, Centre d’études du religieux contemporain, Université de Sherbrooke), dans le cadre du 4@7 de la rentrée du CERC.
Entrée libre, vous êtes les bienvenus!
