Journée d’étude sur la religion dans les établissements d’enseignement public

Sous la houlette de la Coalition Avenir Québec (CAQ) de François Legault, le gouvernement du Québec a ouvert au cours des dernières années plusieurs chantiers relatifs à la laïcité. Ceux-ci ont eu des conséquences aussi pratiques (une législation nouvelle) que discursives (une approche de la religion principalement saisie comme un « problème public[1] ») sur la place de la religion dans les établissements d’enseignement public. La religion y est présente sous des formes multiples, ayant fait l’objet d’un traitement politique et législatif :
- Dans le cadre des enseignements (par exemple, un cours de littérature ou de philosophie[2] peut l’aborder). L’abolition du cours ECR (éthique et culture religieuse), remplacé par le cours CCQ (culture et citoyenneté québécoise), a considérablement affaibli l’apprentissage de la « littératie religieuse » des élèves.
- Par des « signes », principalement des vêtements, portés par les personnes. Au Québec, comme d’ailleurs dans d’autres contextes, ce sont les signes associés à la religion musulmane (voile, voile intégral, abaya…) qui ont dominé les discussions.
- Au travers de pratiques qui se décomposent entre des pratiques individuelles et collectives. C’est cette seconde modalité qui a fait l’objet de débats et a donné lieu à plusieurs outils réglementaires (« Directive du ministre de l’Éducation concernant les pratiques religieuses dans les écoles, les centres de formation professionnelle et les centres d’éducation des adultes publics » en 2023, la loi 94 sur le renforcement de la laïcité à l’école adoptée à l’automne 2025, et la loi 9 sur le renforcement de la laïcité adoptée au printemps 2026)
- Dans les attitudes et les postures prises par les personnes qui fréquentent et font vivre les établissements : les élèves, les professeur.e.s, les intervenant.e.s ou encore les gestionnaires. Dans ce dernier cas, ce n’est pas tant la religion, mais plutôt la « problématique religieuse » qui est impliquée, puisqu’il s’agit d’une position de nature principalement axiologique envers la religion ou certains groupes religieux.
Cette journée réunira des chercheur.e.s et des personnes qui interviennent au sein des établissements d’enseignement secondaires et dans les cégeps pour discuter de la situation de la religion dans ces établissements, alors même que le contexte est marqué par une intense activité législative et un débat public particulièrement vif, voire parfois polarisé.
La saisie de la religion comme « problème public » a pour effet de conduire à une progressive sanctuarisation du milieu scolaire et collégial. Dans le langage courant, le terme de « sanctuarisation » renvoie au fait de « donner à un territoire le statut de sanctuaire, de zone protégée[3] ». Il a été utilisé au cours des dernières années dans les milieux de l’éducation pour souligner la nécessité de protéger les établissements scolaires de certains dangers, qu’il s’agisse de la violence ou de l’« entrisme religieux ». Par exemple, au printemps 2009, alors que des violences urbaines frappaient plusieurs villes françaises, le président Nicolas Sarkozy déclarait que « nous devons sanctuariser les établissements scolaires ». Appliqué à la place de la religion dans les établissements d’enseignement, le terme de « sanctuarisation » témoigne à la fois d’un traitement de la religion comme problème ou comme danger, en particulier pour le vivre-ensemble au sein des institutions, et de la volonté paradoxale de créer une sorte de « cordon sanitaire » imperméable à la religion.
Le profil varié des intervenant.e.s de cette journée permettra de mettre de l’avant des questions importantes qui engagent l’avenir des établissements d’enseignement public : quelle place faut-il accorder à la religion dans ces institutions? Quel modèle de « laïcité scolaire » se trouve actuellement valorisé? Que signifie le terme de « neutralité » dans le contexte d’un établissement d’enseignement? Assistons-nous à une « sanctuarisation » de l’espace éducatif qui se traduit par une évacuation de la religion? Le cas échéant, marque-t-elle une forme de « sacralisation », sous-tendue par un discours normatif de nature politique?
[1] Le sociologue Érik Neveu écrit qu’« un problème public naît de la conversion d’un fait social en objet de préoccupation et de débat, et éventuellement d’action publique », 2022, Sociologie politique des problèmes publics, Paris: Armand Colin, p. 9.
[2] Nous pensons par exemple au cours « philosophie et rationalité », le premier des trois cours de philosophie obligatoires au cégep.
[3] Définition du dictionnaire Le Robert.
